Interview de Caroline Rosnet, présidente et fondatrice de Môm’art
Interview réalisée pour le service Patrimoine de la région Île-de-France (publiée le 26/02/2018)
http://patrimoines.iledefrance.fr/evenements/interview-caroline-rosnet-presidente-fondatrice-mom-art

Partenaire de la dernière édition de “Patrimoines en poésie” en créant notamment #Muséopoésie, Môm’art est une association qui a pour but d’aider les musées, les muséums, les sites culturels à améliorer leur accueil et leurs services pour toutes les familles. Découvrez cette structure unique en France.

Pouvez-vous nous présenter brièvement Môm’art ?

La mission de Môm’Art consiste à aider les musées à devenir plus « joyeux » et davantage accueillants, et à la fois à rendre les familles heureuses de découvrir et de jouer ensemble au musée en créant un moment de parentalité riche. Il y a un véritable enjeu culturel et social à reconsidérer la place de la famille au musée. Dans notre société, l’accès à la culture passe principalement par le biais de la sortie scolaire ou périscolaire. Or la médiation qui met la famille au cœur du processus peut être une autre voie de démocratisation culturelle. C’est ce champ que Môm’Art propose d’explorer davantage. Môm’Art fonctionne comme un laboratoire social et collaboratif où les parents échangent des idées tirées de leurs expériences au musée. Ces échanges nourrissent  une pédagogie active – les Muséojeux, et permettent de prototyper des outils simples que les familles peuvent s’approprier par la manipulation et le jeu. L’association propose de faire du musée un terrain de jeux de découvertes et d’épanouissement de la parentalité.

Nos activités sont multiples. Elles sont partagées sur les réseaux sociaux où Môm’Art est très actif, via ses comptes facebook, instagram et twitter sur lesquels sont valorisées les belles expériences de médiations et des projets inspirants. Les musées peuvent y trouver de bonnes idées en tout genre. Aux familles d’y dénicher leur bonheur parmi les différentes offres de sorties. Notre site internet présente un blog participatif où les visiteurs postent les comptes rendus de leurs expériences au musée. Nous alimentons également une rubrique à succès intitulée “Muséojeux et guide de survie au musée pour les enfants et pour les ados” qui fourmillent d’astuces pour aider les parents à organiser leur journée. Enfin, nos bénévoles organisent localement des rencontres “MuséoParenthèses” dans les médiathèques, des maisons de quartiers ou des cafés, qui favorisent les discussions entre parents et un partage des bonnes pratiques pour réussir une sortie au musée. Nous dispensons également des formations et workshops sur les thématiques de l’accueil, de la parentalité au musée, des adolescents au musée.

Vous avez rédigé un guide des « dix droits du petit visiteur ». En quoi cela consiste-t-il ?

Le musée apparaît souvent comme un lieu sacré comportant des interdictions qui peuvent paraître frustrantes pour des enfants et leurs parents. Personne ne nous dit, en revanche ce que l’on peut faire. Aussi nous avons écrit : “les dix droits du petit visiteur” pour décomplexer la visite. Chaque musée joyeux rend visible le poster à l’accueil du musée : le droit de visiter à son rythme ; le droit de s’asseoir ; le droit de copier (au moyen d’un dessin ou d’une photo lorsque cela est possible) ; le droit de poser des questions ; le droit de parler de ses impressions ; le droit de ne pas tout regarder ; et, enfin, le droit de s’évader du musée… Grâce à notre guide, ces lieux parfois intimidants deviennent donc des terrains de jeu et d’apprentissage que les enfants peuvent s’approprier de manière vivante et intelligente. Ils deviennent aussi des lieux d’échange inter-générationnel entre les enfants et les parents – ou les grands-parents, en aménageant un ou plusieurs espaces ludo-éducatifs pour pouvoir jouer, apprendre et découvrir ensemble.

Vous incitez les musées à signer une charte des bonnes pratiques au musée. Pourquoi une charte ? Comment vérifiez-vous que celle-ci soit bien appliquée dans les musées ?

Les familles représentent la plus grande partie “des visiteurs individuels”. En proposant notre charte des bonnes pratiques nous voulons appuyer la démarche des musées cherchant à mieux appréhender les besoins des familles. En la signant la charte, le musée devient un « musée joyeux » ! Il s’engage à faire le maximum pour remplir sa mission d’accueil auprès des enfants et des familles en se transformant en lieu hospitalier et ouvert mettant la culture à la portée de tous avec des outils adaptés et disponibles à l’accueil du musée, comme des livrets-jeux, parcours numériques, sacs ou malles d’activités en libre service, du matériel pour jouer et manipuler en autonomie…Des détails pratiques essentiels ne sont pas oubliés non plus : par exemple, les établissements signataires autorisent les poussettes et disposent d’un espace pour faire une pause où se restaurer, voire pique-niquer. Signer la charte, c’est avant tout l’engagement moral de toute la structure culturelle qui décide de rentrer dans une démarche active pour accueillir au mieux les familles. La charte Môm’Art permet de motiver toutes les équipes du musée autour de valeurs communes et de l’importance de leurs missions respectives. Elle permet aussi de s’auto-évaluer et de progresser.

Combien de musées ont signé la charte actuellement ? Avez-vous pu mobiliser les musées franciliens ? 

Depuis 3 ans, près de 80 musées ont signé la charte Môm’Art en France mais aussi en Belgique, en Italie et au Canada. Nous comptons 10 musées franciliens. Le Centre Pompidou, le musée en herbe et le Château de Vaux-le-Vicomte ont été parmi les dix premiers signataires. Ensuite, Archéa, le collège des Bernardins, le Mac Val, la Maison des Arts (92), la Monnaie de Paris, le Musée de l’Homme et le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac ont rejoint la liste des musées joyeux. Notons que le MAC VAL a reçu en 2016 le trophée Môm’Art qui récompense le musée qui se distingue par ses actions et services remarquables auprès des familles. Le Centre Pompidou s’est distingué en recevant le prix AdosMuséo durant deux années consécutives pour le Studio 13/16 en 2015 et La Fabrique en 2016.

De quelle façon les institutions sont-elles démarchées par Môm’Art ?

Nous ne démarchons pas directement les musées. La charte et “les 10 droits du petit visiteur” voyagent sur les réseaux sociaux. Ce sont les musées qui nous sollicitent une fois qu’ils en ont eu connaissance. Un grand entretien téléphonique est nécessaire pour faire le point sur la démarche et l’engagement de chaque musée. Les initiatives de notre association, à commencer par la Charte Môm’Art, sont citées en exemple dans le rapport de la mission « Musées du XXIe siècle » (rendu publique en 2017), lequel établit la vocation et les nouveaux enjeux des musées d’aujourd’hui, nationaux comme territoriaux, notamment en matière de diversification des publics. Les travaux de la mission « Musées du XXIe siècle » ont permis d’identifier les principales attentes de notre société vis-à-vis des musées et de dessiner « 15 mesures pour le musée de demain ».

Comment financez-vous vos actions ?

Notre association (loi 1901) fonctionne pour une part grâce aux cotisations de ses membres actifs. La signature de la charte est gratuite, mais nous demandons une participation de 50 euros pour les frais de dossier. Nous souhaiterions recevoir des subventions du Ministère de la Culture et du Ministère des Solidarités et de la Santé pour développer notre mission sociale et culturelle notamment pour mener des actions pour l’inclusion des familles éloignées de la culture. Le mécénat pourrait être une autre option pour développer nos actions.

Quels sont les moyens employés pour vous faire connaître ? Comment sensibilisez-vous les acteurs et les familles sur le territoire ?

Nous disposons de peu de moyens pour communiquer sur notre association et sur nos actions. En tant que bénévoles, nous donnons de notre temps comme nous le pouvons. Aussi nous essayons d’optimiser un maximum la communication sur les réseaux sociaux pour à la fois valoriser les belles initiatives des musées mais aussi donner envie aux familles de vivre de belles expériences au musée. Les réseaux sociaux nous permettent de toucher des familles de toutes les catégories sociales. Le partenariat mis en place avec la Région Île-de-France  dans le cadre du concours “Patrimoines en poésie” est aussi une opportunité de valoriser une belle initiative culturelle. Nous postons chaque mardi [Mardi, c’est poésie], sur notre page Facebook Môm’Art, le poème d’un petit lauréat. C’est une occasion de proposer de la #Muséopoésie  sur les réseaux sociaux.

Quels projets souhaitez-vous développer au sein de Môm’Art à l’avenir ?

Du côté des familles, nous souhaitons continuer à développer notre réseau de familles “Muséotesteuses” en tissant un maillage social fin au niveau local, avec les médiathèques, les maisons de quartier et les groupes de paroles de mamans sur les réseaux sociaux. Nous poursuivons notre diffusion la plus largement possible des Muséojeux dont la pédagogie repose sur des jeux simples que l’on peut faire au musée ou au muséum en famille sans aucun pré-requis en histoire de l’art ou en sciences. Chaque jeu correspond à un défi à réaliser ensemble. L’originalité des Muséojeux est qu’ils peuvent être mis en place dans n’importe quel musée de Beaux-Arts, d’art et d’histoire ou de muséum. Ces activités ludiques favorisent le partage, les échanges, les rires et beaucoup de connivence entre les membres de la famille au musée. Pour toucher un maximum de personnes sur les réseaux sociaux, nous avons pour projet réaliser des clips sur chaque muséojeux afin de montrer comment c’est simple de s’amuser et de donner envie au grand public d’aller au musée en famille.
#MuséoMime : mimez une sculpture ou l’expression d’un visage
#MuséoTitre : inventez de nouveaux titres
#MuséoZoo : avec les petits, visitez le musée en mode safari
#MuséoStory : racontez l’histoire d’œuvre à une personne ayant les yeux bandées
#MuséoBD : inventez les dialogues dans les tableaux
#MuséoSong : associez une chanson à une œuvre
#MuséoTicket : retrouvez l’œuvre imprimée sur votre ticket
#MuséoDétail : retrouvez dans quelle œuvre se trouve un détail
#MuséoDessin : à vos crayons
#MuséoPostale : écrivez une carte postale à un proche comme si vous voyagiez à l’intérieur du tableau

Du côté des institutions, il y a une formidable dynamique autour de la charte et des “dix droits du petit visiteur” à l’échelle de l’Europe. Nombre de musées européens aimeraient rentrer dans la ronde des musées joyeux. Nous devrions pouvoir nous structurer pour répondre à cette demande, traduire nos outils et trouver des relais dans chaque pays. Les musées qui ont signé la charte accordent une part importante à l’accueil, la transmission et la médiation. Ce sont des structures diverses qui n’ont pas toutes les moyens humains ou financiers de développer toutes seules des projets. Nous voudrions proposer des formations et des workshops autour de problématiques communes qui permettraient de mutualiser les bonnes pratiques et les bons outils.

Le mot de la fin

C’est en observant un sourire sur le visage d’un enfant qu’on mesure la grandeur d’un musée. C’est notre devise.

 

C'est tellement simple de partager les bonnes idées...Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+